dimanche 13 avril 2008

I was born a Cancer - Jack the Ripper

We love Blah Blah Blah
Ernestine




Le ciel est rouge, rouge sang.
Marceline dans son marcel gris ne voit que lui. Ses cheveux, si surprenants, prennent la couleur de ces nuages.
Elle est allongée sur le quai en bois flottant du vieux port. Son balancement lui fait penser aux vibrations hypnotisantes des baffles.
Car elle a passé la nuit dernière, comme bien d’autres, devant d’immenses murs de son rugissants.

« Le soleil est le peintre des couleurs » marmonne les douces voix de Jack the Ripper.
Cette phrase n’a jamais eu tant de sens qu’auprès de Marceline.
Marceline, Marceline, Marceline.
Marceline aux cheveux mystérieux.
Comme l’enfant aux genoux abîmés qu’elle était, elle roule le long du quai, et tombe dans l’eau si peu limpide du port.

Le regard tournée vers la surface, elle s’enfonce joyeusement. C’est un jeu auquel elle s’adonne bien souvent, beaucoup trop selon certains. Mais qui peut comprendre Marceline ?
Elle n’est pas folle, elle n’est pas stupide, mais Marceline vit dans un monde qui est bien au dessus de celui des autres. De celui que tout le monde connaît, et dont tout le monde se contente, Marceline elle, ne voit que les corps désarticulés, qui se cognent, se battent et elle l’admire d’au dessus, d’au dessus et d’à côtés.

Laissant son esprit être bercer par toutes les âmes peuplant les eaux, Marceline, petite gamine à peine majeure, trouve une source de vie incroyable.

Marceline remonte.

En émergeant des flots, elle retourne aussi dans un monde factice, où les gens la croyant folle la fuient et ainsi la laisse vivre.

Marceline remonte le quai de bois doucement, profitant de l’étreinte du bois au vernis écaillé sur ses petits pieds. Puis, sur les pierres de la rue du Port, qui porte si bien son nom, et dont il y a de si nombreuses répliques, elle relève enfin la tête et la voit.

Une demoiselle marche doucement, perdue, le regard inlassablement tourné vers le ciel, un cafard minuscule saute de son épaule et avance à ses côtés. Elle rencontre un poteau d’un peu trop près, tourne sur elle-même et se retrouve face à un magnifique jeune homme qui la prend par la main.

Marceline accourt, attrape l’épaule de la demoiselle, la forçant à se retourner, et lui crie :
- Qui es-tu ? Qui es-tu vraiment ?

Le regard de la demoiselle quitte l’écrin du ciel brûlé pour se poser au fond des yeux brûlants de celle qui avait su poser la question qu’elle avait attendu toute ces années.
Le garçon l’attire vers elle, et lui susurre, après avoir regardé Marceline :
- Bonsoir Bonnie ; moi c’est Clyde.

Bonnie avait la question et la réponse en même temps. Elle avait enfin trouvé sa vie.


Bécassine





"Ecoutez l'histoire de ... Bonnie and Clyde."

I was born a cancer - Jack the ripper

I.

Ca y est, je suis sorti. Le soleil est haut. Je crois que midi approche. Les gens se pressent dans les restaurants dont je ne connais que les portes closes d’habitude. Il fait bon, peut-être est ce le printemps. Je dois attirer l’attention, moi et ma tenue de vampire.

J’entre dans ce que les gens nomment la spirale infernale. Je chute, tout comme eux ; sur le point de rompre avec la vie réelle, ou plutôt ma vie réelle. Une part de moi s’évade sous le regard des gens et je perds tous repères.

Les rouages rouillés de la vie m’entourent, et le maelstrom de sons me désorientes. Des flashes colorés m’agressent, je pense que je ne suis plus le même. En déséquilibre constant. Je vais tomber dans cette marée humaine aux reflets d’acide. Me maintenir dans le monde me fatigue. Qui suis-je ?

///

Un passant m’agresse en me demandant l’heure. Il est à contre jour, il semble menaçant, j’ai peur. Je le frappe, et m’enfui ensuite, par peur que les ennuis arrivent.

Je suis rentré chez moi, j’ai fermé la porte à double tour. J’attends depuis, seul dans le noir, je suis traumatisé.

II.

J’ai peur, mais pourtant, je ressors. La vie se mérite parait-il, je dois donc faire des efforts. J’ai attendu qu’il fasse moins jour. J’ai attendu que le soleil soit moins brûlant. Je suis dehors, il y a du vent aujourd’hui, et ça me fait penser à la nuit, c’est rassurant.

Il est 17h30.

Je me dirige au hasard des rues. Je ne me suis pas protégé de ma carapace assoiffée de nuit. Je suis seulement Clyde, pour une fois dans ma vie. Je fume tout en marchand. Enlevé du flou artistique de l’obscurité, la ville est méconnaissable. Peut-être parce qu’elle est trop fausse.

Mes pas m’ont menés jusqu’au port. Je m’assois sur un banc, j’aimerais boire un verre. Dans ce labyrinthe, je ne sais pas où la trouver. Le ciel est rouge, rouge sang.

///

Une ombre passe, le regard lointain. J’écrase ma cigarette, en profitant de la beauté de ses gestes. Une ombre passe, tout en maladresse. Je crois que je tombe amoureux, à nouveaux. Je ressuscite, surtout.

Elle semble hésitante, en proie au désespoir. Un cafard à ses pieds. Je me lève la prend par le bras ; l’aide. Elle me regarde, sans comprendre.

« Bonsoir Bonnie ; moi c’est Clyde. »

Macadam Cowboy.