Sam

Sont venues la pénombre, et l’obscurité.
La musique est forte, les gens sont saouls, nos trois compères non loin d’être perchés.
S’ensuivent une enfilade d’énonciations baveuses, de semblants de rires.
Les gens sont épuisés.
Mais la musique, elle, est toujours en pleine forme.
Ils sont montés sur la Grande Dame, celle qui accède à tous leurs soupirs, si tant est qu’eux acceptent de lui accorder leur cœur.
Marceline avait toujours su que son âme se trouvait sur les hauteurs éternellement glacées de cette demoiselle virginale.
Elle avançait chaque jour avec cette certitude : Elle ne pourrait grandir réellement qu’après être monté tout en haut, là où son corps trouverait la trace de son fourreau naturel.
Les prémices de sa vie se sont construits loin d’elle, mais la Grande Dame a toujours ramené à elle les brebis éloignées.
Ils s’apprennent dans le silence, chacun espérant des deux autres une parole salvatrice, qui occirait la fine pellicule de leur gêne.
Mais ils savent aussi qu’ils auront besoin de temps pour s’accepter.
Pour cela il leur faudra grandir. Du moins un peu.
Les arbres illuminés entraînent les jeunes corps, ils s’étreignent, se relâchent, le malt s’insinue dans leurs veines.
Ils s’aiment.
Les esprits étriqués s’embrasent, ne sachant plus que penser.
- Bon sang de bon sang de bon sang
Marceline s’échappe, un regard brisant autant que brisé lui ayant rappelé que la vie lui avait déjà joué tout un tas de sales tours avant qu’elle ne retrouve ces deux gamins, compléments de son âme.
Elle s’enfuit, vacillant sous les poids désaccordés de la douleur et de l’alcool.
Se cognant contre les arbres, ses pieds nus grattant la terre et les cailloux, elle essaye de faire un peu de place dans son esprit pour pouvoir prendre conscience de ce qui se passe.
Il ne devait pas être là. Il n’avait pas le droit d’être là. Il devait la laisser vivre. La laisser vivre…
Elle tombe.
Dans le flou de son regard elle aperçoit un tout petit monde nouveau, aux arbres bas, aux douces lumières multicolores et dont les seules habitations sont des hamacs vides massés autour d’un feu aussi puissant que les basses du concert.
Les tissus tendus sont vides, mais la trace de deux corps enlacés s’estompe doucement sur l’un de ceux calés dans l’ombre de la lune.
Marceline est vidée du courage qui l’habite pourtant constamment, elle ferme les yeux.
- Bon sang de bon sang de bon sang
- Allons Gamine, c’est quoi ce vocabulaire.
Les yeux toujours clos, elle laissa couler de rares gouttes de tristesse, dont les reflets oranges contrastaient si joliment avec ses cheveux.
La voix de ce terrible gamin avait encore auprès de la petite Marceline au cœur meurtri, le goût de leur liberté passée.

