dimanche 18 mai 2008

La traversée de l'été

Arc en ciel pour Daltonien - La Caution


Don't Worry, darling, I've just got Small Pox
Sam




- Bon sang de bon sang de bon sang

Sont venues la pénombre, et l’obscurité.
La musique est forte, les gens sont saouls, nos trois compères non loin d’être perchés.
S’ensuivent une enfilade d’énonciations baveuses, de semblants de rires.
Les gens sont épuisés.
Mais la musique, elle, est toujours en pleine forme.
Ils sont montés sur la Grande Dame, celle qui accède à tous leurs soupirs, si tant est qu’eux acceptent de lui accorder leur cœur.
Marceline avait toujours su que son âme se trouvait sur les hauteurs éternellement glacées de cette demoiselle virginale.
Elle avançait chaque jour avec cette certitude : Elle ne pourrait grandir réellement qu’après être monté tout en haut, là où son corps trouverait la trace de son fourreau naturel.
Les prémices de sa vie se sont construits loin d’elle, mais la Grande Dame a toujours ramené à elle les brebis éloignées.
Ils s’apprennent dans le silence, chacun espérant des deux autres une parole salvatrice, qui occirait la fine pellicule de leur gêne.
Mais ils savent aussi qu’ils auront besoin de temps pour s’accepter.
Pour cela il leur faudra grandir. Du moins un peu.

Les arbres illuminés entraînent les jeunes corps, ils s’étreignent, se relâchent, le malt s’insinue dans leurs veines.
Ils s’aiment.

Les esprits étriqués s’embrasent, ne sachant plus que penser.

- Bon sang de bon sang de bon sang

Marceline s’échappe, un regard brisant autant que brisé lui ayant rappelé que la vie lui avait déjà joué tout un tas de sales tours avant qu’elle ne retrouve ces deux gamins, compléments de son âme.
Elle s’enfuit, vacillant sous les poids désaccordés de la douleur et de l’alcool.

Se cognant contre les arbres, ses pieds nus grattant la terre et les cailloux, elle essaye de faire un peu de place dans son esprit pour pouvoir prendre conscience de ce qui se passe.
Il ne devait pas être là. Il n’avait pas le droit d’être là. Il devait la laisser vivre. La laisser vivre…
Elle tombe.
Dans le flou de son regard elle aperçoit un tout petit monde nouveau, aux arbres bas, aux douces lumières multicolores et dont les seules habitations sont des hamacs vides massés autour d’un feu aussi puissant que les basses du concert.
Les tissus tendus sont vides, mais la trace de deux corps enlacés s’estompe doucement sur l’un de ceux calés dans l’ombre de la lune.
Marceline est vidée du courage qui l’habite pourtant constamment, elle ferme les yeux.

- Bon sang de bon sang de bon sang

- Allons Gamine, c’est quoi ce vocabulaire.

Les yeux toujours clos, elle laissa couler de rares gouttes de tristesse, dont les reflets oranges contrastaient si joliment avec ses cheveux.
La voix de ce terrible gamin avait encore auprès de la petite Marceline au cœur meurtri, le goût de leur liberté passée.
Bécassine

mercredi 14 mai 2008

Tango Whiskayman


Arc en ciel pour daltonien - La caution

Elle était à moi, ou presque. Je la tenais par la main, elle semblait réelle. Elle avait une consistance. J’en fus abattu. Ou démuni, je ne sais pas vraiment. Une ombre flottait derrière elle, dans une profondeur anthracite. Le vent soufflait, j’ai cru qu’il me demandait qui j’étais. Elle semblait troublé, me regardait sans me voir.

J’avais des frissons. Mon corps n’était qu’une cage dans laquelle des fauves se débattaient, et criés si fort. La nuit donna de ses nouvelles. Une tache sombre s’étendait vers la voûte céleste. J’ai eu peur.

///

On fuyait, courant comme des dératés vers la lumière. Les gens nous regardaient étrangement. Nous sommes heureux ; et j’ai peur de cette tache sombre maintenant que je t’ai trouvé Bonnie.

Je ne veux plus être un vampire. Je ne veux pas que tu voies mon monde. J’en ai honte. Nous courons, nous fuyons, vers ce ciel ensanglanté ; laissant derrière tan de souvenirs happés par le noir. J’ai tellement peur du noir.

-/-

Nous nous sommes arrêtés devant un immeuble des vieux quartiers. Il a pris un trousseau de clefs, et je l’ai suivi, jusqu’à ce qui semblait être « chez lui ». Je regardais mon kidnappeur ; mon si beau ravisseur. Je pensais qu’il serait autant heureux que moi ; mais il semblait tellement effrayé. Effrayé que je m’envole ou d’autre chose.

Il a lâché ma main, mais j’aurais voulu qu’il la garde. Nous étions là, propulsés dans un décors de cinéma, essoufflés, ne sachant que jouer.

Il me regardait maintenant. Les effets des narcotiques s’estompaient. Il était beau. Un fauve au regard fou. Je me sentais si moche sous son regard.

« La vie, ce n’est que des papillons au creux du ventre. »

J’avais parlé, sans m’en rendre compte. Il sourit, cela devait faire longtemps qu’il ne l’avait pas fait.

///

Nous n’étions plus dans l’entrée, nous n’étions plus nulle part à vrai dire. Ou partout. Je souriais sans penser à m’arrêter. Nous ne parlions pas, on comprenait.

Il avait mis un vinyle, la musique emplissait la pièce.

« Tango Whiskey Man »

Il me servit un verre de café frappé.

Les murs étaient blancs. L’atmosphère était lourde et froide. Impersonnelle. Un morceau Jazzy débuta. Et dans les remous de la contrebasse, je ressentis la vie qui s’échappait, pour mieux revenir.

Les murs étaient blancs, cela me rendait triste. Je me suis levée du sofa. Il me regarda de sa place, et j’ai posé ma main sur le mur. Un arc-en-ciel apparut, et dessous, une fresque. En l’honneur des quatre saisons, et du temps qu’il fait dehors.

Le plafond était une voûte céleste ; entre chien et loup. Sa voix rauque s’éleva. Il chanta le refrain du morceau, doucement, comme une caresse.

“In the dawn of the silvery day,

Clouds seem to melt away.

She brings the rain... Oh yeah.

She brings the rain...”

Il s’approchait.

Je souhaite dès maintenant qu’il me prenne et m’amène. Il m’embrassa. La vie, c’était le septième ciel. Il ouvrit la bouche :

« La vie, c’est juste une boule inexplicable et douloureuse dans la gorge. »

Après tout ; la vie est inexplicable.

Macadam Cowboy