samedi 12 juillet 2008

Leçon de choses

The Youth - MGMT
C. est mon esclave
Banana



« L’herbe tendre et fraîche de rosée est le buvard de nos tourments. »
C’est la première chose qu’elle m’a appris – c’était chuchoté de sa voix douce. Et depuis, je me sentais moins bête. Depuis, au crépuscule, nous allions dans les parcs, et nous enlevions nos chaussures, pour sentir nos tourments s’en aller par la plante des pieds, et être aspirés par la sainte mère. C’était une danse, avec l’instant, le but, et la destiné. On dansait, sur des valses tribales, des tangos d’apocalypse. On criait comme des loups à la lune, et c’était une Lady du XIXème que j’étreignais.
Tout un mystère. Parfois, elle s’en allait, et parfois, je ne la voyais pas de plusieurs jours. Mais la porte était toujours ouverte, dans mon appartement, qu’elle avait repeint comme bon lui semblait.

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La chute avait été longue, et l’atterrissage particulièrement rude. Elle était tombée dans les arbres comme une plume. Elle avait parlé à son ombre du futur. Et j’avais peur de ne pas y faire partie. Nous nous aimions, mais nous étions des inconnus l’un pour l’autre. Le vampire qui était en moi avait tant de mal à accepter sa grâce féline.
Mon regard de bronze se perdait à l’horizon, au clair de lune. Nous ne vivions que dans ces instants. Ou le ciel est gris perle, et bleu. Là où le noir veille, mais sans plus. Là où le ciel est dans sa robe mousseline, pour charmer les étoiles.


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Pourquoi tout va trop vite lorsqu’on aime ? On souhaiterait les moments infinis, mais ils ne sont que fugaces. Le temps est impalpable, et le retenir est dérisoire – il a la fâcheuse tendance à se jouer de nous il faut dire. Mon cœur bat, le sens-tu chère Bonnie ? Moi je sens les tiens. Il est fait de brume. Il ne bat pas fort comme les autres, il sourit. Tu n’es pas venu la nuit précédente, et tu me manques. Est-ce normal ? J’aurais voulu faire l’amour, que le drap s’enroule sur nos corps dénudés, sur la pluie que referment tes lèvres. Je t’ai dit que les murs étaient les seuls témoins objectifs de la pensée. C’est pour ça que les miens sont purs dorénavant. Mais pas pur comme ceux des hôpitaux. Ils sont purs du péché qu’ils referment. Et lorsque je suis sous acide, ils m’entraînent dans une magique danse. Je n’aime plus Jack Daniel’s. Je n’aime plus mes narcotiques. Tu es ma drogue. Et je m’invente un royaume, pour que les gens sachent à quel point je suis heureux de vivre ivre et bohême.

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Nous sommes revenus de la montagne - de ta Grande Dame. J’ai compris pourquoi tu étais belle : là bas, ton corps s’est forgé dans le roc immuable, pareil aux murs que je décris. Ta peau est neige brûlante. Tu es l’eau trouble, qui boue à 0°C. Ta fraîcheur est un royaume de glace où l fait bon se réfugier après le brasier ardent de tes baisers.
Nous sommes revenus de la montagne, et pour ne pas oublier, pour ne pas être aveugle comme tous ces couples, j’ai pris un stylo et j’ai écrit. C’était surréaliste, une simple chronique de l’amour profond. Ainsi je tisse des mondes sur mesure, pour toi et moi. Et sans cesse tu les enchantes et les rends réalité.


« We could flood the streets with love or lights or heat whatever » The Youth - MGMT


Macadam Cowboy

Je te mange tout cru

The Youth - MGMT

Banana, c'est une . (mais il ne faut pas le dire)
Ernestine



« Quand je serais grande je serais une princesse. Avec une grande robe, qui s'envolera en une épaisse vapeur multicolore. Quand je serais grande ce sera comme maintenant : je serais vivante. J'aime la vie. J'aimerais vivre toujours. Et quand je serais morte, je vivrais encore parce que j'ai décidé ca comme ca. Un jour on partira en voyage? On ira très loin, et on ne vivra qu'avec des artistes, des gens complètement fous, qui aimeront la vie comme nous, on ne sera qu’entre gens qui aiment la vie.
Toi, tu aimes la vie ?»

Bonnie était nue. Elle disait ces mots avec une simplicité parfaite, assise sur la plus haute branche de l’arbre le plus haut de la forêt. Elle les soufflait à Marceline. Pour la sauver.

Marceline regardait la demoiselle. La blancheur extrême de sa peau était éblouissante.
Le regard fixe et perdu, elle était encore sous le choc des retrouvailles. Inutiles, et savoureuses.
Une épreuve létale, qu’elle n’aurait pour rien au monde évitée.

« Oui, Bonnie, j’aime la vie. »

« C’est bien. Regarde le nuage là haut, il est rouge comme tes cheveux. Tu as de beaux cheveux tu sais. Ils vont bien avec les miens. »

Puis Bonnie s’élance, s’enroule dans le vent, flotte, une éphémère magie la fait pénétrer dans le corps de Marceline par un souffle. Le corps de la jeune fille se couvre de couleurs, il se peint du mélange de ces âmes inhumaines, si différentes, si complémentaires. Déformations, l’arbre vient mêler son essence à celle qui émerge doucement, les formes disparaissent et tout ne devient qu’une lente mélodie qui s’accélère, encore et encore et encore, les couleurs deviennent de plus en plus vives, se retrouvent, se rejettent, la musique devient envahissante, c’est le chant des âmes, ces âmes que Clyde ne saurait pas saisir, sauf en acceptant de rejeter sa nature.

Clyde. Qui voit cette explosion de vie d’en bas. Tout ce qu’il retient, c’est la disparition de Bonnie dans un souffle vaporeux, qui l’a englouti après qu’elle lui ai parlé.
Le souffle a dit :

« Oui, Bonnie, j’aime la vie. »

Et Bonnie l’a mangé.

Les corps se séparent, Bonnie est vêtue, Marceline est nue. Sa peau est d’une imperfection merveilleuse, le creux de ses reins est un hymne à la vie, cette vie qu’elles vénèrent toutes deux, cette vie qui les fait tant souffrir.


Le sol est moelleux pour Marceline, l’herbe tâchée par les volutes de leurs ébats partage son étendue entre toutes les couleurs de l’arc en ciel, et même les autres, celles qui n’existent que pour Marceline, et pour Bonnie.

Bécassine