samedi 12 juillet 2008

Leçon de choses

The Youth - MGMT
C. est mon esclave
Banana



« L’herbe tendre et fraîche de rosée est le buvard de nos tourments. »
C’est la première chose qu’elle m’a appris – c’était chuchoté de sa voix douce. Et depuis, je me sentais moins bête. Depuis, au crépuscule, nous allions dans les parcs, et nous enlevions nos chaussures, pour sentir nos tourments s’en aller par la plante des pieds, et être aspirés par la sainte mère. C’était une danse, avec l’instant, le but, et la destiné. On dansait, sur des valses tribales, des tangos d’apocalypse. On criait comme des loups à la lune, et c’était une Lady du XIXème que j’étreignais.
Tout un mystère. Parfois, elle s’en allait, et parfois, je ne la voyais pas de plusieurs jours. Mais la porte était toujours ouverte, dans mon appartement, qu’elle avait repeint comme bon lui semblait.

**
La chute avait été longue, et l’atterrissage particulièrement rude. Elle était tombée dans les arbres comme une plume. Elle avait parlé à son ombre du futur. Et j’avais peur de ne pas y faire partie. Nous nous aimions, mais nous étions des inconnus l’un pour l’autre. Le vampire qui était en moi avait tant de mal à accepter sa grâce féline.
Mon regard de bronze se perdait à l’horizon, au clair de lune. Nous ne vivions que dans ces instants. Ou le ciel est gris perle, et bleu. Là où le noir veille, mais sans plus. Là où le ciel est dans sa robe mousseline, pour charmer les étoiles.


**
Pourquoi tout va trop vite lorsqu’on aime ? On souhaiterait les moments infinis, mais ils ne sont que fugaces. Le temps est impalpable, et le retenir est dérisoire – il a la fâcheuse tendance à se jouer de nous il faut dire. Mon cœur bat, le sens-tu chère Bonnie ? Moi je sens les tiens. Il est fait de brume. Il ne bat pas fort comme les autres, il sourit. Tu n’es pas venu la nuit précédente, et tu me manques. Est-ce normal ? J’aurais voulu faire l’amour, que le drap s’enroule sur nos corps dénudés, sur la pluie que referment tes lèvres. Je t’ai dit que les murs étaient les seuls témoins objectifs de la pensée. C’est pour ça que les miens sont purs dorénavant. Mais pas pur comme ceux des hôpitaux. Ils sont purs du péché qu’ils referment. Et lorsque je suis sous acide, ils m’entraînent dans une magique danse. Je n’aime plus Jack Daniel’s. Je n’aime plus mes narcotiques. Tu es ma drogue. Et je m’invente un royaume, pour que les gens sachent à quel point je suis heureux de vivre ivre et bohême.

**
Nous sommes revenus de la montagne - de ta Grande Dame. J’ai compris pourquoi tu étais belle : là bas, ton corps s’est forgé dans le roc immuable, pareil aux murs que je décris. Ta peau est neige brûlante. Tu es l’eau trouble, qui boue à 0°C. Ta fraîcheur est un royaume de glace où l fait bon se réfugier après le brasier ardent de tes baisers.
Nous sommes revenus de la montagne, et pour ne pas oublier, pour ne pas être aveugle comme tous ces couples, j’ai pris un stylo et j’ai écrit. C’était surréaliste, une simple chronique de l’amour profond. Ainsi je tisse des mondes sur mesure, pour toi et moi. Et sans cesse tu les enchantes et les rends réalité.


« We could flood the streets with love or lights or heat whatever » The Youth - MGMT


Macadam Cowboy

Je te mange tout cru

The Youth - MGMT

Banana, c'est une . (mais il ne faut pas le dire)
Ernestine



« Quand je serais grande je serais une princesse. Avec une grande robe, qui s'envolera en une épaisse vapeur multicolore. Quand je serais grande ce sera comme maintenant : je serais vivante. J'aime la vie. J'aimerais vivre toujours. Et quand je serais morte, je vivrais encore parce que j'ai décidé ca comme ca. Un jour on partira en voyage? On ira très loin, et on ne vivra qu'avec des artistes, des gens complètement fous, qui aimeront la vie comme nous, on ne sera qu’entre gens qui aiment la vie.
Toi, tu aimes la vie ?»

Bonnie était nue. Elle disait ces mots avec une simplicité parfaite, assise sur la plus haute branche de l’arbre le plus haut de la forêt. Elle les soufflait à Marceline. Pour la sauver.

Marceline regardait la demoiselle. La blancheur extrême de sa peau était éblouissante.
Le regard fixe et perdu, elle était encore sous le choc des retrouvailles. Inutiles, et savoureuses.
Une épreuve létale, qu’elle n’aurait pour rien au monde évitée.

« Oui, Bonnie, j’aime la vie. »

« C’est bien. Regarde le nuage là haut, il est rouge comme tes cheveux. Tu as de beaux cheveux tu sais. Ils vont bien avec les miens. »

Puis Bonnie s’élance, s’enroule dans le vent, flotte, une éphémère magie la fait pénétrer dans le corps de Marceline par un souffle. Le corps de la jeune fille se couvre de couleurs, il se peint du mélange de ces âmes inhumaines, si différentes, si complémentaires. Déformations, l’arbre vient mêler son essence à celle qui émerge doucement, les formes disparaissent et tout ne devient qu’une lente mélodie qui s’accélère, encore et encore et encore, les couleurs deviennent de plus en plus vives, se retrouvent, se rejettent, la musique devient envahissante, c’est le chant des âmes, ces âmes que Clyde ne saurait pas saisir, sauf en acceptant de rejeter sa nature.

Clyde. Qui voit cette explosion de vie d’en bas. Tout ce qu’il retient, c’est la disparition de Bonnie dans un souffle vaporeux, qui l’a englouti après qu’elle lui ai parlé.
Le souffle a dit :

« Oui, Bonnie, j’aime la vie. »

Et Bonnie l’a mangé.

Les corps se séparent, Bonnie est vêtue, Marceline est nue. Sa peau est d’une imperfection merveilleuse, le creux de ses reins est un hymne à la vie, cette vie qu’elles vénèrent toutes deux, cette vie qui les fait tant souffrir.


Le sol est moelleux pour Marceline, l’herbe tâchée par les volutes de leurs ébats partage son étendue entre toutes les couleurs de l’arc en ciel, et même les autres, celles qui n’existent que pour Marceline, et pour Bonnie.

Bécassine

dimanche 18 mai 2008

La traversée de l'été

Arc en ciel pour Daltonien - La Caution


Don't Worry, darling, I've just got Small Pox
Sam




- Bon sang de bon sang de bon sang

Sont venues la pénombre, et l’obscurité.
La musique est forte, les gens sont saouls, nos trois compères non loin d’être perchés.
S’ensuivent une enfilade d’énonciations baveuses, de semblants de rires.
Les gens sont épuisés.
Mais la musique, elle, est toujours en pleine forme.
Ils sont montés sur la Grande Dame, celle qui accède à tous leurs soupirs, si tant est qu’eux acceptent de lui accorder leur cœur.
Marceline avait toujours su que son âme se trouvait sur les hauteurs éternellement glacées de cette demoiselle virginale.
Elle avançait chaque jour avec cette certitude : Elle ne pourrait grandir réellement qu’après être monté tout en haut, là où son corps trouverait la trace de son fourreau naturel.
Les prémices de sa vie se sont construits loin d’elle, mais la Grande Dame a toujours ramené à elle les brebis éloignées.
Ils s’apprennent dans le silence, chacun espérant des deux autres une parole salvatrice, qui occirait la fine pellicule de leur gêne.
Mais ils savent aussi qu’ils auront besoin de temps pour s’accepter.
Pour cela il leur faudra grandir. Du moins un peu.

Les arbres illuminés entraînent les jeunes corps, ils s’étreignent, se relâchent, le malt s’insinue dans leurs veines.
Ils s’aiment.

Les esprits étriqués s’embrasent, ne sachant plus que penser.

- Bon sang de bon sang de bon sang

Marceline s’échappe, un regard brisant autant que brisé lui ayant rappelé que la vie lui avait déjà joué tout un tas de sales tours avant qu’elle ne retrouve ces deux gamins, compléments de son âme.
Elle s’enfuit, vacillant sous les poids désaccordés de la douleur et de l’alcool.

Se cognant contre les arbres, ses pieds nus grattant la terre et les cailloux, elle essaye de faire un peu de place dans son esprit pour pouvoir prendre conscience de ce qui se passe.
Il ne devait pas être là. Il n’avait pas le droit d’être là. Il devait la laisser vivre. La laisser vivre…
Elle tombe.
Dans le flou de son regard elle aperçoit un tout petit monde nouveau, aux arbres bas, aux douces lumières multicolores et dont les seules habitations sont des hamacs vides massés autour d’un feu aussi puissant que les basses du concert.
Les tissus tendus sont vides, mais la trace de deux corps enlacés s’estompe doucement sur l’un de ceux calés dans l’ombre de la lune.
Marceline est vidée du courage qui l’habite pourtant constamment, elle ferme les yeux.

- Bon sang de bon sang de bon sang

- Allons Gamine, c’est quoi ce vocabulaire.

Les yeux toujours clos, elle laissa couler de rares gouttes de tristesse, dont les reflets oranges contrastaient si joliment avec ses cheveux.
La voix de ce terrible gamin avait encore auprès de la petite Marceline au cœur meurtri, le goût de leur liberté passée.
Bécassine

mercredi 14 mai 2008

Tango Whiskayman


Arc en ciel pour daltonien - La caution

Elle était à moi, ou presque. Je la tenais par la main, elle semblait réelle. Elle avait une consistance. J’en fus abattu. Ou démuni, je ne sais pas vraiment. Une ombre flottait derrière elle, dans une profondeur anthracite. Le vent soufflait, j’ai cru qu’il me demandait qui j’étais. Elle semblait troublé, me regardait sans me voir.

J’avais des frissons. Mon corps n’était qu’une cage dans laquelle des fauves se débattaient, et criés si fort. La nuit donna de ses nouvelles. Une tache sombre s’étendait vers la voûte céleste. J’ai eu peur.

///

On fuyait, courant comme des dératés vers la lumière. Les gens nous regardaient étrangement. Nous sommes heureux ; et j’ai peur de cette tache sombre maintenant que je t’ai trouvé Bonnie.

Je ne veux plus être un vampire. Je ne veux pas que tu voies mon monde. J’en ai honte. Nous courons, nous fuyons, vers ce ciel ensanglanté ; laissant derrière tan de souvenirs happés par le noir. J’ai tellement peur du noir.

-/-

Nous nous sommes arrêtés devant un immeuble des vieux quartiers. Il a pris un trousseau de clefs, et je l’ai suivi, jusqu’à ce qui semblait être « chez lui ». Je regardais mon kidnappeur ; mon si beau ravisseur. Je pensais qu’il serait autant heureux que moi ; mais il semblait tellement effrayé. Effrayé que je m’envole ou d’autre chose.

Il a lâché ma main, mais j’aurais voulu qu’il la garde. Nous étions là, propulsés dans un décors de cinéma, essoufflés, ne sachant que jouer.

Il me regardait maintenant. Les effets des narcotiques s’estompaient. Il était beau. Un fauve au regard fou. Je me sentais si moche sous son regard.

« La vie, ce n’est que des papillons au creux du ventre. »

J’avais parlé, sans m’en rendre compte. Il sourit, cela devait faire longtemps qu’il ne l’avait pas fait.

///

Nous n’étions plus dans l’entrée, nous n’étions plus nulle part à vrai dire. Ou partout. Je souriais sans penser à m’arrêter. Nous ne parlions pas, on comprenait.

Il avait mis un vinyle, la musique emplissait la pièce.

« Tango Whiskey Man »

Il me servit un verre de café frappé.

Les murs étaient blancs. L’atmosphère était lourde et froide. Impersonnelle. Un morceau Jazzy débuta. Et dans les remous de la contrebasse, je ressentis la vie qui s’échappait, pour mieux revenir.

Les murs étaient blancs, cela me rendait triste. Je me suis levée du sofa. Il me regarda de sa place, et j’ai posé ma main sur le mur. Un arc-en-ciel apparut, et dessous, une fresque. En l’honneur des quatre saisons, et du temps qu’il fait dehors.

Le plafond était une voûte céleste ; entre chien et loup. Sa voix rauque s’éleva. Il chanta le refrain du morceau, doucement, comme une caresse.

“In the dawn of the silvery day,

Clouds seem to melt away.

She brings the rain... Oh yeah.

She brings the rain...”

Il s’approchait.

Je souhaite dès maintenant qu’il me prenne et m’amène. Il m’embrassa. La vie, c’était le septième ciel. Il ouvrit la bouche :

« La vie, c’est juste une boule inexplicable et douloureuse dans la gorge. »

Après tout ; la vie est inexplicable.

Macadam Cowboy

dimanche 13 avril 2008

I was born a Cancer - Jack the Ripper

We love Blah Blah Blah
Ernestine




Le ciel est rouge, rouge sang.
Marceline dans son marcel gris ne voit que lui. Ses cheveux, si surprenants, prennent la couleur de ces nuages.
Elle est allongée sur le quai en bois flottant du vieux port. Son balancement lui fait penser aux vibrations hypnotisantes des baffles.
Car elle a passé la nuit dernière, comme bien d’autres, devant d’immenses murs de son rugissants.

« Le soleil est le peintre des couleurs » marmonne les douces voix de Jack the Ripper.
Cette phrase n’a jamais eu tant de sens qu’auprès de Marceline.
Marceline, Marceline, Marceline.
Marceline aux cheveux mystérieux.
Comme l’enfant aux genoux abîmés qu’elle était, elle roule le long du quai, et tombe dans l’eau si peu limpide du port.

Le regard tournée vers la surface, elle s’enfonce joyeusement. C’est un jeu auquel elle s’adonne bien souvent, beaucoup trop selon certains. Mais qui peut comprendre Marceline ?
Elle n’est pas folle, elle n’est pas stupide, mais Marceline vit dans un monde qui est bien au dessus de celui des autres. De celui que tout le monde connaît, et dont tout le monde se contente, Marceline elle, ne voit que les corps désarticulés, qui se cognent, se battent et elle l’admire d’au dessus, d’au dessus et d’à côtés.

Laissant son esprit être bercer par toutes les âmes peuplant les eaux, Marceline, petite gamine à peine majeure, trouve une source de vie incroyable.

Marceline remonte.

En émergeant des flots, elle retourne aussi dans un monde factice, où les gens la croyant folle la fuient et ainsi la laisse vivre.

Marceline remonte le quai de bois doucement, profitant de l’étreinte du bois au vernis écaillé sur ses petits pieds. Puis, sur les pierres de la rue du Port, qui porte si bien son nom, et dont il y a de si nombreuses répliques, elle relève enfin la tête et la voit.

Une demoiselle marche doucement, perdue, le regard inlassablement tourné vers le ciel, un cafard minuscule saute de son épaule et avance à ses côtés. Elle rencontre un poteau d’un peu trop près, tourne sur elle-même et se retrouve face à un magnifique jeune homme qui la prend par la main.

Marceline accourt, attrape l’épaule de la demoiselle, la forçant à se retourner, et lui crie :
- Qui es-tu ? Qui es-tu vraiment ?

Le regard de la demoiselle quitte l’écrin du ciel brûlé pour se poser au fond des yeux brûlants de celle qui avait su poser la question qu’elle avait attendu toute ces années.
Le garçon l’attire vers elle, et lui susurre, après avoir regardé Marceline :
- Bonsoir Bonnie ; moi c’est Clyde.

Bonnie avait la question et la réponse en même temps. Elle avait enfin trouvé sa vie.


Bécassine





"Ecoutez l'histoire de ... Bonnie and Clyde."

I was born a cancer - Jack the ripper

I.

Ca y est, je suis sorti. Le soleil est haut. Je crois que midi approche. Les gens se pressent dans les restaurants dont je ne connais que les portes closes d’habitude. Il fait bon, peut-être est ce le printemps. Je dois attirer l’attention, moi et ma tenue de vampire.

J’entre dans ce que les gens nomment la spirale infernale. Je chute, tout comme eux ; sur le point de rompre avec la vie réelle, ou plutôt ma vie réelle. Une part de moi s’évade sous le regard des gens et je perds tous repères.

Les rouages rouillés de la vie m’entourent, et le maelstrom de sons me désorientes. Des flashes colorés m’agressent, je pense que je ne suis plus le même. En déséquilibre constant. Je vais tomber dans cette marée humaine aux reflets d’acide. Me maintenir dans le monde me fatigue. Qui suis-je ?

///

Un passant m’agresse en me demandant l’heure. Il est à contre jour, il semble menaçant, j’ai peur. Je le frappe, et m’enfui ensuite, par peur que les ennuis arrivent.

Je suis rentré chez moi, j’ai fermé la porte à double tour. J’attends depuis, seul dans le noir, je suis traumatisé.

II.

J’ai peur, mais pourtant, je ressors. La vie se mérite parait-il, je dois donc faire des efforts. J’ai attendu qu’il fasse moins jour. J’ai attendu que le soleil soit moins brûlant. Je suis dehors, il y a du vent aujourd’hui, et ça me fait penser à la nuit, c’est rassurant.

Il est 17h30.

Je me dirige au hasard des rues. Je ne me suis pas protégé de ma carapace assoiffée de nuit. Je suis seulement Clyde, pour une fois dans ma vie. Je fume tout en marchand. Enlevé du flou artistique de l’obscurité, la ville est méconnaissable. Peut-être parce qu’elle est trop fausse.

Mes pas m’ont menés jusqu’au port. Je m’assois sur un banc, j’aimerais boire un verre. Dans ce labyrinthe, je ne sais pas où la trouver. Le ciel est rouge, rouge sang.

///

Une ombre passe, le regard lointain. J’écrase ma cigarette, en profitant de la beauté de ses gestes. Une ombre passe, tout en maladresse. Je crois que je tombe amoureux, à nouveaux. Je ressuscite, surtout.

Elle semble hésitante, en proie au désespoir. Un cafard à ses pieds. Je me lève la prend par le bras ; l’aide. Elle me regarde, sans comprendre.

« Bonsoir Bonnie ; moi c’est Clyde. »

Macadam Cowboy.

mercredi 26 mars 2008

C'est ta tête la volute.

Karma Police - RadioHead

"There’s blood on your legs, I love you
There’s blood on your legs, I love you
There’s blood on your legs, I love you
I love you
I love you
I love you
I love you "
I am Kloot



Fortune délabrée.

La nuit est autour d’elle, succession d’impressions polychromes.
L’usine se dresse dans sa splendeur passée. Elle est immense, bestiale.
Un domaine parfait pour une jeune fille perdue.

Gaspard est là. Il attend patiemment le récit du jour.
Ce sera celui d’une jeune fille aux cheveux bleus qui tomba en perdition face au regard d’un félin trop humain pour être rassurant.

« Viens petite fille »
Couchée au milieu d’une arabesque merveilleuse de craie, aquarelle, fusain, elle parle, il écoute.

Ne pas chercher à percer le secret ?
Comment pourrait-elle y résister ?
Ne pas tomber dans les platitudes de la vie, et toujours courir après nos rêves.
La simple idée de son sourire apparaissant sous ses cheveux noirs…
Aucunes limites aux fantasmes, aucunes limites à la vie.

- Même si je dois attendre des mois, des années, je l’aimerai. Tu me trouves gnan-gnan petit Gaspard ? Comme tu as raison. Mais qu’y puis-je …

L’arabesque se réveille, entoure la demoiselle de ses volutes, soulève le petit cafard et le pose bien loin. La danse commence alors. Terrifiante. Majestueuse. Léthargique.

Ses vêtements se déchirent, le tissus s’enroule et s’envole de ses trop grandes ailes.
Le plafond s’ouvre, la poussière de craie trace son chemin.
Le ciel a un appétit dévorant. Il avale ce bijou bleu, mais elle a décidé que ce n’était pas son heure. La danse s’emballe et elle retombe.

Nue sur le sol froid de la cour, elle rêve de cheveux noirs, et du timide et trop rare sourire d’un garçon aux yeux flamboyants.



Bécassine





Errance. En presque transe.

Karma Police - Radiohead

"La mine un peu défaite,
sur le pavé qui s'y prête,
je sors faire pisser mon chien dans la tête."
La Rumeur.


Je ne dormais plus. Cela faisait trois jours. Le jour, j’errais dans mon studio, si semblable à un congélateur. La nuit, je sortais, dans ce monde glacé. Je me souvenais de ses cheveux bleus. Peut-être était-elle la reine des glaces ? C’est fou ce que l’insomnie peut nous faire délirer. Avant, j’errais pour trouver des réponses à mes questions, dorénavant j’erre pour saisir la réponse à mes questions. Je l’ai dessinais sur les murs de ma prison. Au marqueur noir. J’ai tracé les lignes de son visage imparfait, et son corps n’est que volutes. Quand je suis défoncé, j’ai l’impression de voir son corps de brume m’envelopper. J’aimerais tellement que cela soit vrai.
Toutes les nuits, j’inspecte les rues vident. Espérant, en vain, tomber sur elle. Me faire mal à ses pieds, m’abîmer dans l’abysse de ses yeux. Me ressourcer en goûtant ses lèvres azurs. Assurément, quand je la verrais je me mettrais à genoux. Je marche en attendant, et je bois, pour me réchauffer.
Le jour venu, j’enchaîne les cafés frappés. Et toujours ce cafard faisant son bonhomme de chemin dans ma tête. La lumière du jour me fait peur, elle est beaucoup trop chaude. Et celle blafarde des lampadaires semble tellement terne que j’ai peur de te rater ma jolie. Je ne sais pas comment tu t’appelles ; alors, pour moi, tu seras Bonnie.

Je suis sans cesse fatigué. J’aimerais trouver le repos. Une nuit, on a tenté de m’agresser. Comme si j’étais un étranger, comme si je n’étais plus un vampire. Je me cache dans des endroits sordides, aux fins fonds du monde. Je me sens horriblement seul, depuis combien d’année tout cela dure-t-il ? J’ai l’impression de me réveiller d’une mascarade ; j’ai besoin d’en parler. Mais sur quelle épaule pourrais-je bien me reposer ? Tous mes anciens semblables à la vue de mon cou me mordraient, me mangeraient. Je dois donc attendre, et tourner, en rond, avec pour seul amis mon cafard, dans ma tête. Et des morceaux de rock pour me tenir en éveil.

Mon teint est blafard lui aussi, à l’image de tous ces lampadaires. Et pourtant, pour la première fois depuis longtemps, je souris. Cela fait mal à vrai dire, montrer ses dents. C’est peut-être pour ça qu’un fou à essayer de me faire du mal. J’ai piétiné son arcade sourcilière, ensuite, il n’a plus bronché. Nous sommes au cœur de l’hiver, et il fait froid. Je m’imagine en toi, dans ton corps de reine de glace. Cela doit être semblable.
Je pense à toi sans arrêt. Je crois que tu me manques Bonnie. Et je tourne sans cesse sans te trouver. As-tu peur de moi ? Je ne fais de mal à personne, malgré mon air de méchant.
A force de marcher, j’ai l’impression de n’être plus qu’une machine. Et plus je marche, plus j’ai peur. Il faut que j’affronte le jour, je le sais maintenant. L’amour n’aime pas les nuits fraîche se déroulant à l’extérieur ; l’amour préfère les suaves corps à corps en intérieurs.

//

Je n’ai pas encore dormis. Cela fait plus de temps que je ne peux le compter. Et le cafard est si grand dans ma tête que je ne sais plus réfléchir. Aujourd’hui, je m’apprête à crever l’abcès. J’ai endossé ma tenue de vampire, mais le soleil est encore haut dans le ciel.

Je sors.


Macadam Cowboy.

mardi 18 mars 2008

Wow?

Jet Sex - Ghinzu
"Hello, I Love You.
Whant you tell me your name?"
The Doors



Assise sur une des baffles du plafond, elle regardait la foule s’animer.
Des volutes roses et rouges recouvraient les visages, laissant parfois paraître quelques mines étirées, décalquées, perchées, étrangères et tellement connues.

Les effluves de leurs corps semblaient teintées de vie, mais pas la leur. Celle de la musique.
Soudain cette symphonie si précise se brisa, au milieu de tous ces animaux domestiques se découvrait un véritable fauve.

Immobile, son regard brillait dans le trou brumeux de la salle, et dressée sur son trône grésillant, elle pouvait l’admirer.

Elle se sentait dévorée par le monologue de ses pupilles. Une mèche bleue glissa sur sa paupière, et il tourna la tête. Elle se laissa glisser du haut de son royaume, et disparut dans la foule.

Trop effrayée pour affronter les récits que les prunelles de ce garçon aux cheveux noirs criaient, elle préférait fuir. Il n’était pas beau.

Il était d’une perfection inachevée.

Ses traits se mêlaient. Elle y voyait ceux du jeune homme qu’il était surement, d’une demoiselle, et le regard d’un vieux cowboy dont les yeux marron et vert racontaient les trop nombreuses vies.


La passion qui l’avait enveloppé plus vite que ne le font les volutes de sa cigarette lui fit rebrousser chemin.
En se cachant derrière les masses titubantes de la fosse, elle alla jusqu’à se coller contre lui, qui ne se rendit compte de rien, tant la force de la foule pouvait être forte.
Un cocon douloureux.

Elle s’enivra immédiatement de ce corps glacé et dur.
Elle repartit.
Il se retourna.
La musique était finie. Le monde s’écroulait de nouveau.








Elle se réveilla.



Bécassine

Larsen (I'm Lying Down The Stage)

Jet Sex - Ghinzu

J’étais au milieux de la foule, et cela se pressait, se serrait, s’embrassait autour de moi. Les yeux rivés sur un spectacle somptueux ; un triste carnage. La rage au point, la vie dans le cœur. J’étais au milieu de la foule et poussais, tirais, bousculais mes voisins, comme tout un chacun.

Les spot-lights trop puissants m’aveuglent, et entre deux effets de stroboscopes, je distingue les formes des gens, autour. Attiré par la lumière se dégageant de tous ces sourires que je ne sais pas produire. En cet instant, je me sens humain, et c’est bien la première fois. Je vois le bout du tunnel, mais seulement par à coup, comme une carotte que l’on agite devant un âne afin qu’il avance. Je suis un humain à qui on a besoin de faire miroiter la vie pour me maintenir en vie.

Des gens se laissent porter par la liesse. Mes pieds sont écrasés, j’ai mal. Mais le bonheur fait mal, parait-il ; je ne sais pas, je ne le connais pas. A mes narines arrive l’odeur du shit que l’on effrite, du joint que l’on allume, de l’herbe, tout simplement, que l’on fume. Le seul goût qui excite mes papilles est celui de la bière bon marché, servit en pression dans des gobelets en cartons. Et la clope, toujours.

J’avais perdu la notion du temps au premier instant. La synergie attractive de ces artistes se démenant sur la scène était ahurissante. Ils étaient là, et la foule les aimait, et je les aimais aussi ; passionnément. Et entre deux riffs découpant, Elle accueillait ce chanteur sachant si bien crier.

Le bruit tribal de la batterie me rendait dément. Le son de la guitare s’échouant – avec fracas – sur la scène, le bruit de basse que l’on slappe, le bruit sourd du micro que l’on malmène et ce bruit de clavier Rhodes que l’on écrase avaient plus d’effets sur moi que n’importe quelle drogue.

Le rythme du verbe et l’excès de basses. Et mon cœur, cette batterie sans caisses claires, ces acouphènes qui ne sont que cymbales et sharleys dans mes oreilles sont une véritable descente aux Enfers que je vis et découvre à chaque fois.

C’est comme si mes sens n’avaient jamais réellement fonctionné avant. C’est comme si ma vie était au tournant de tous ces tourments, qu’enfin je survolais mon royaume de merde. Je ne suis plus Vampire esseulé d’un rien, je suis, je me reconnais comme être à part entière de la masse de la foule. Être un mouton rassure, et une armée de moutons électriques au bord du gouffre me fait me sentir – enfin – chez moi. Est-ce que ce soir mes questions vont trouver une réponse ?

Vivre cet instant, c’est retrouver ses ailes d’enfant. Ces ailes que j’avais calciné dans le whisky teinté d’ennui ; que j’avais vu partir en cendre, et être écrasé sur l’asphalte de mes sens. C’était se cafard qui pollué ma tête, et j’étais noir comme l’encre qui coule de mon stylo les soirs où la nuit n’a pas de lune. Le larsen semble être un tout à mes oreilles, et dans celui-ci je distingue une voix féminine, si belle, qu’elle m’emporte et m’ensorcelle. Entre deux flashes, une fille attire mon regard et disparaît. Ses cheveux étaient bleus, pale. Et la magie s’arrête. Les artistes s’en vont de la scène.

Le charme est brisé, devant moi, j’ai une triste poupée de porcelaine brisée. Ma vie. La foule se disloque. Dans mes doigts, se tout que je pensais miens, dont je pensais faire partit s’effrite, et c’est du sable qui glisse de mon point serré. J’essaye de retenir le temps, et les larmes que j’y ai versées me rappellent que l’on n’attrape pas un cours d’eaux. La vie reprend son cours, et j’aimerais revivre ce moment à tout jamais. Accro au son, scotché au rythme. Ma dépendance me rattrape, et je me plonge dans la nuit, et dans ses volutes narcotiques. Je réglerais ce problème de conscience entre moi et moi-même. Avec comme arbitre un whisky double, sans glace, et deux ou trois sèches. Je repenserais à ce mirage magnifique, m’ayant dans cet instant de plénitude fait comprendre à quel point était puissante la foudre. Je m’enfoncerais toujours plus profond dans mes méditations sans queues, ni tête, et je me réveillerais, une fois une autre nuit venues. Et si jamais je recroise cette fille je crierais haut et fort :

- Vas y danse, darling, life’s Rock’n’Roll.

Macadam Cowboy

vendredi 14 mars 2008

No Man's dream.

Fantaisie Impromptue - Chopin.

"And I was standing by the shore,
fell the wind blowing my face.
[...]
But history repeats itself."
A.O.S.



Je venais de me réveiller et comme chaque fois, je souhaitais me rendormir dans l’instant qui suivait. L’ennui frappé à ma porte gentiment, en apostrophe. Je contemplais mon royaume : un studio exiguë en plein milieux du vide. Le No men’s land froid, envoûtant. Parait-il que les rêves se fondent sur la terre glaise de l’ennui. Cela reste à vérifier.

Je suis nauséeux, j’ai soif et le monde tourne. Danse la javanaise, encore et toujours, au bord du gouffre. Et déjà, dehors, il fait presque nuit. Les pauvres chiens rentrent à la fin de leurs journées, et les loups sont de sorties. Oui, Chien et Loup, jamais expression n’à aussi bien définis le crépuscule. J’endosse mon blouson, en cuir, de vampire. Mes crocs sont acérés pour mordre cette nuit inamicale m’ouvrant bien grand ses bras.

J’arpente les rues de la ville, hume l’air et m’arrête, entre deux goulées d’air viciés par les pots d’échappement, dans un de ces abreuvoirs miteux, où les gens comme moi vont boire. C’est dans ce genre de lieux, que l’on se retrouve, entre vampires, ne parlant pas, puisqu’on à rien à dire. Accoudé au zinc, à la recherche de réponses ne se trouvant pas dans le Grand Livre.

« Un whisky ; on the rock ».

La commende passe, arrive, descend dans mon gosier. Le verre est reposé sur la table en formica.

La même commande passe, arrive, descend dans mon gosier. Le verre est reposé sur la table en formica.

On voit des ronds de liquides sur la table. Et des ronds de fumée emplissent l’air.

Si la terre tourne, c’est parce que l’ensemble des vies de ce monde a un même rythme cardiaque. Les guerres et autres affrontements ne sont qu’alors d’innombrables souffles à ce cœur.

Et si un rythme régit tout ça, il y a des exceptions qui confirment cette règle. Des gens vivants en contretemps, se complaisant dans la syncope rythmique qu’ils réalisent. A mon quatrième verre de Jack Daniel’s je ne peux qu’affirmer que j’en suis.

Je paye, et sors dans la nuit ; le froid et toutes ces choses grotesques que l’on dit sur la nuit, me happent à nouveaux. Je traînaille les pieds, attendant patiemment que la vie me prenne pour compagne. Je fume, en attendant. Mon dealer habituel est là pour m’offrir une barrette de rêve.

Je passe dans des endroits bruyants, et d’autres silencieux. L’évasion à n’importe quel instant, voilà ma devise.

Je tire sur des joints qui ne me font plus rien ; résidus de goudron dans mes poumons. Certains diront que je me bousille de l’intérieur, mais je n’ai pas l’ambition d’ennuyer les gens bien pensant trop longtemps. Je m’assois sur un banc ; les putes font leur apparition sur les trottoirs des grandes avenues, et tout ceci n’est que va et vient. Je contemple toute cette vie souterraine à ciel ouvert. La vraie vie, pas celle policée que l’on juxtapose aux yeux des négationnistes de la vraie nature de l’espèce humaine. Afin de ne pas les tourmenter avec des cauchemars plus vrais que natures ces gens là ne sortent que la nuit. We are your favourite worst nightmare.

Mais ce que je vois, moi, ce ne sont que des anges aux ailes atrophiées. A moins que ce ne soit des ailes calcinées, comme celles d’Icare.

Dans ma tête j’entends « The Great Gig In The Sky » ; j’écrase un mégot, et les joints me fond voir dans ce reste de cigarette un cafard, là, aplatit sur le sol goudronné. L’asphalte encombre ma tête, je pense à la vie, ma vie, et je me rends compte à quel point celle-ci m’ennuie.

Well, je m’appelle Clyde. C’est sans doute la seule de mes certitudes en cette nuit d’insomnie.

Macadam Cowboy.

Don't Worry, darling, I've just got the Small Pox

Fantaisie Impromptue - Chopin


-La ville est encore plus fade en ces jours de fête…

La demoiselle se tient penchée sur la poutre d’un immeuble en miettes, treize étages de vide complétant celui qui l’emplit.
De sa bouche sortent les bulles d’une discussion décousue.
Devant ses pieds nus se tient un minuscule cafard, un peu inquiet mais attentif.
Loin de répondre aux élucubrations douteuses qu’elle lui murmure, il reste dubitatif face à sa dernière idée.
Ses longues tresses d’indiennes s’étaient évaporées, découvrant une coupe de petit garçon, de la couleur de ses lèvres bleu pâles… c’était plus sauvage.

- Regarde Gaspard. Vois là bas tous ces clowns qui se croient vivants ; hume la saveur amère de leur utopie sclérosée.

Gaspard le cafard.
Petite, croyant n’avoir jamais eu de prénom, elle a commencé à en donner un à tout ce qu’elle croisait.
Gérard la tulipe, Fabienne la grille, Edouard le pinceau. Et Gaspard le cafard. Son ami.

Elle annonce alors dans un souffle (vanillé) :
- Allons fêter avec eux leur hypocrisie centenaire.

Et sous les yeux d’un Gaspard ébahi, elle laisse le vide happer son corps chétif, le regard brillant tourné vers le ciel éternellement rouge.
La fumée de la cité l’enveloppe et doucement l’étend sur le bitume d’une ruelle, où elle s’endort paisiblement.



Fantaisie Impromptue.

« La vie est une pilule à avaler en une seule fois. »
« Tu crois ? »
« Comment pourrait-elle faire effet sinon ? »
« Je ne suis pas convaincu… »
« Alors mange-moi Cowboy »

Et il la mangea.


« Dis maman, quand je serais grande le prince charmant il fera quoi ? »
« Il te mangera. »

Diable, comme elle avait raison.


Bécassine

mardi 11 mars 2008

Voyage Ethylique, suite d'une Chronique Surréaliste ?

Twist - I Am Kloot




Une demoiselle claudiquant, claudiquant sur les quais brumeux.
Une demoiselle chantonnant, chantonnant sur les flots marécageux.

Une demoiselle, nue comme les cieux, se promène doucement sur le fil du rasoir.
Certains soufflent sur son passage qu’elle est perchée, et qu’elle ne redescendra jamais.
La princesse des vertiges se ballade, imaginant encore et encore le sourire d’un garçon aux cheveux noirs.

Une demoiselle s’allonge doucement dans le ciel orange, elle monte sans y penser dans ce qui semble un linceul de nouveau né.
Une cigarette. Juste pour la route.
La fumée, elle n’y croit plus mais son âme se fixe sur les douces cendres qui s’enroulent autour de son poignet.
Elle le tourne et la danse commence. Lente et enivrante. Un pas. Le vent est tiède. Deux pas. La tempête se lève autour de la demoiselle, mais elle ne la touche pas.
Personne ne peut la toucher.
Puisque elle à déjà au fond d’elle ce petit démon qui la mange doucement.
La demoiselle laisse couler des perles écarlates de ses grands yeux.
Une cigarette. Juste pour la route.




Son petit nom à elle, c’est Bonnie. Elle ne le sait pas encore.

Bécassine

Chronique surréaliste.

Twist -I Am Kloot.


I.

On m’a enfermé dans cette pièce, sans que je sache pourquoi ni comment. Cela fait approximativement trente minutes. Ils m’ont retiré montre et portable. Je ne peux pas communiquer avec le monde extérieur. Il y a du papier de mauvaise qualité sur le sol, un stylo bille, et un journal qui date d’il y a trois ans. 17 juillet, précisément.

II.

Le jour et la nuit sont passés, je crois. Je ne vois pas le ciel de ma cage. Celle-ci est étroite. Je m’y habitue. Je regarde la grille d’aération. Il y a un tourne disque, et trois albums, seulement. Le silence est surréaliste quand je n’écoute pas la musique. Les musiques sont tantôt tristes, tantôt gaies. Il fait froid et chaud. Je dors sur le sol, mais il n’est pas inconfortable. Je n’ai rien à faire ; j’écris. Je me rends compte que je n’ai pas beaucoup de papier, ni beaucoup d’encre dans le stylo. J’ai faim et soif. A mon réveil, de la nourriture et de l’eau était près de moi. Il y a un temps, je ne sais pas trop combien d’heures, une porte s’est ouverte sur des toilettes et une minuscule salle de bain.

III.

Les musiques me sortent par la tête. Je me suis levé trois fois. Ou quatre. Le papier manque, j’ai écris la dernière ligne, je repasse les précédentes.

IV.

Cela fait 10 fois que je me suis levé. Je l’ai écris sur le sol. Est-ce que j’ai dormis longtemps ? Je tourne en rond. Sans même le lire, le 17 juillet, d’il y a trois ans, A. Murin est mort à l’age de 87 ans. Je le sais. Je l’ai trop lu.

V.

Ma vie est rythmée par des réveils, je ne me souviens jamais de m’endormir. J’ai tellement réécrit sur les lignes du papier qu’il est troué par endroit, illisible. Le silence m’effraie, la musique m’insupporte. Je ne ressens que des aigus stressant qui me brisent toujours plus les oreilles. Parfois, je cris. Mais personne ne m’entend. Je ne m’entends même pas.

VI.

Je tourne en rond. 40 réveils. J’ai toujours faim, toujours soif. Ce qui tombe à mes pieds n’est jamais assez, mais toujours trop. J’ai déchiré le journal, en pleurant, il y a un réveil, car les nouvelles y étaient toujours les mêmes. J’ai tourné trois fois une face de disque depuis mon réveil. Le 17 juillet, il y a trois ans, il y a eu un attentat sur la bande de Gaza. Peut on penser le bien de l’espèce humaine ? Cela fait trois réveils et cinq changements de faces de tourne disque que je n’ai rien dit. Il fait froid ; j’ai chaud.

VII.

Le soleil me brûle la peau, il ne cesse jamais de briller. Il est fixé au plafond, protégé par une vitre incassable. J’ai essayé de la briser avec ma chaussure, en vain. Je fais des rêves étranges. Je ne m’en souviens jamais.

VIII.

J’ai entendu du bruit ! Du vrai bruit ! Il était métallique, je m’en souviens. Le fil des réveils m’a échappé. Je vois des ombres danser devant mes yeux. Quelqu’un serait-il là ?

IX.

Je suis assis, les genoux remontés jusqu’au menton depuis 20 faces de disques. Je n’ai jamais était éveillé si longtemps. Enfin, je ne sais pas. Je veux savoir d’où viennent l’eau et le pain. J’ai faim. Et soif.

X.

Une main est descendu du ciel, m’a agrippée par le col, et m’a tiré, j’ai traversé le plafond. Je me suis réveillé, j’étais à mon bureau, assoupis, devant une feuille blanche. L’encre de mon stylo avait coulé, il y avait une tache. Les quadrillages de mes feuilles ressemblaient à la cellule dans laquelle j’étais. Une cigarette se consumait depuis longtemps dans le cendrier devant moi. Un verre de café frappé était à moitié vide devant moi.

Macadam Cowboy.

dimanche 9 mars 2008

JunkBox

"Je ne veux rien dire. Mais tout raconter. Suis moi, si ma bohème n'a pas pour toi un goût trop étranger.
Tu sauras peut-être y voir autre chose que des élucubrations vaporeuses.
Je ne suis pas folle... Mais qui sait ?"
Bécassine



"Non, tu n'as pas rêvé, sur la porte d'entrée il y avait bien écrit : "Bienvenu dans le No Men's Land intellectuel". Ceci est un échauffement de charisme. Avançons aux sons des fusils de Brixton."
Macadam Cowboy.



"La jeunesse est un art"
Oscar Wilde