vendredi 14 mars 2008

No Man's dream.

Fantaisie Impromptue - Chopin.

"And I was standing by the shore,
fell the wind blowing my face.
[...]
But history repeats itself."
A.O.S.



Je venais de me réveiller et comme chaque fois, je souhaitais me rendormir dans l’instant qui suivait. L’ennui frappé à ma porte gentiment, en apostrophe. Je contemplais mon royaume : un studio exiguë en plein milieux du vide. Le No men’s land froid, envoûtant. Parait-il que les rêves se fondent sur la terre glaise de l’ennui. Cela reste à vérifier.

Je suis nauséeux, j’ai soif et le monde tourne. Danse la javanaise, encore et toujours, au bord du gouffre. Et déjà, dehors, il fait presque nuit. Les pauvres chiens rentrent à la fin de leurs journées, et les loups sont de sorties. Oui, Chien et Loup, jamais expression n’à aussi bien définis le crépuscule. J’endosse mon blouson, en cuir, de vampire. Mes crocs sont acérés pour mordre cette nuit inamicale m’ouvrant bien grand ses bras.

J’arpente les rues de la ville, hume l’air et m’arrête, entre deux goulées d’air viciés par les pots d’échappement, dans un de ces abreuvoirs miteux, où les gens comme moi vont boire. C’est dans ce genre de lieux, que l’on se retrouve, entre vampires, ne parlant pas, puisqu’on à rien à dire. Accoudé au zinc, à la recherche de réponses ne se trouvant pas dans le Grand Livre.

« Un whisky ; on the rock ».

La commende passe, arrive, descend dans mon gosier. Le verre est reposé sur la table en formica.

La même commande passe, arrive, descend dans mon gosier. Le verre est reposé sur la table en formica.

On voit des ronds de liquides sur la table. Et des ronds de fumée emplissent l’air.

Si la terre tourne, c’est parce que l’ensemble des vies de ce monde a un même rythme cardiaque. Les guerres et autres affrontements ne sont qu’alors d’innombrables souffles à ce cœur.

Et si un rythme régit tout ça, il y a des exceptions qui confirment cette règle. Des gens vivants en contretemps, se complaisant dans la syncope rythmique qu’ils réalisent. A mon quatrième verre de Jack Daniel’s je ne peux qu’affirmer que j’en suis.

Je paye, et sors dans la nuit ; le froid et toutes ces choses grotesques que l’on dit sur la nuit, me happent à nouveaux. Je traînaille les pieds, attendant patiemment que la vie me prenne pour compagne. Je fume, en attendant. Mon dealer habituel est là pour m’offrir une barrette de rêve.

Je passe dans des endroits bruyants, et d’autres silencieux. L’évasion à n’importe quel instant, voilà ma devise.

Je tire sur des joints qui ne me font plus rien ; résidus de goudron dans mes poumons. Certains diront que je me bousille de l’intérieur, mais je n’ai pas l’ambition d’ennuyer les gens bien pensant trop longtemps. Je m’assois sur un banc ; les putes font leur apparition sur les trottoirs des grandes avenues, et tout ceci n’est que va et vient. Je contemple toute cette vie souterraine à ciel ouvert. La vraie vie, pas celle policée que l’on juxtapose aux yeux des négationnistes de la vraie nature de l’espèce humaine. Afin de ne pas les tourmenter avec des cauchemars plus vrais que natures ces gens là ne sortent que la nuit. We are your favourite worst nightmare.

Mais ce que je vois, moi, ce ne sont que des anges aux ailes atrophiées. A moins que ce ne soit des ailes calcinées, comme celles d’Icare.

Dans ma tête j’entends « The Great Gig In The Sky » ; j’écrase un mégot, et les joints me fond voir dans ce reste de cigarette un cafard, là, aplatit sur le sol goudronné. L’asphalte encombre ma tête, je pense à la vie, ma vie, et je me rends compte à quel point celle-ci m’ennuie.

Well, je m’appelle Clyde. C’est sans doute la seule de mes certitudes en cette nuit d’insomnie.

Macadam Cowboy.

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