J’étais au milieux de la foule, et cela se pressait, se serrait, s’embrassait autour de moi. Les yeux rivés sur un spectacle somptueux ; un triste carnage. La rage au point, la vie dans le cœur. J’étais au milieu de la foule et poussais, tirais, bousculais mes voisins, comme tout un chacun.
Les spot-lights trop puissants m’aveuglent, et entre deux effets de stroboscopes, je distingue les formes des gens, autour. Attiré par la lumière se dégageant de tous ces sourires que je ne sais pas produire. En cet instant, je me sens humain, et c’est bien la première fois. Je vois le bout du tunnel, mais seulement par à coup, comme une carotte que l’on agite devant un âne afin qu’il avance. Je suis un humain à qui on a besoin de faire miroiter la vie pour me maintenir en vie.
Des gens se laissent porter par la liesse. Mes pieds sont écrasés, j’ai mal. Mais le bonheur fait mal, parait-il ; je ne sais pas, je ne le connais pas. A mes narines arrive l’odeur du shit que l’on effrite, du joint que l’on allume, de l’herbe, tout simplement, que l’on fume. Le seul goût qui excite mes papilles est celui de la bière bon marché, servit en pression dans des gobelets en cartons. Et la clope, toujours.
J’avais perdu la notion du temps au premier instant. La synergie attractive de ces artistes se démenant sur la scène était ahurissante. Ils étaient là, et la foule les aimait, et je les aimais aussi ; passionnément. Et entre deux riffs découpant, Elle accueillait ce chanteur sachant si bien crier.
Le bruit tribal de la batterie me rendait dément. Le son de la guitare s’échouant – avec fracas – sur la scène, le bruit de basse que l’on slappe, le bruit sourd du micro que l’on malmène et ce bruit de clavier Rhodes que l’on écrase avaient plus d’effets sur moi que n’importe quelle drogue.
Le rythme du verbe et l’excès de basses. Et mon cœur, cette batterie sans caisses claires, ces acouphènes qui ne sont que cymbales et sharleys dans mes oreilles sont une véritable descente aux Enfers que je vis et découvre à chaque fois.
C’est comme si mes sens n’avaient jamais réellement fonctionné avant. C’est comme si ma vie était au tournant de tous ces tourments, qu’enfin je survolais mon royaume de merde. Je ne suis plus Vampire esseulé d’un rien, je suis, je me reconnais comme être à part entière de la masse de la foule. Être un mouton rassure, et une armée de moutons électriques au bord du gouffre me fait me sentir – enfin – chez moi. Est-ce que ce soir mes questions vont trouver une réponse ?
Vivre cet instant, c’est retrouver ses ailes d’enfant. Ces ailes que j’avais calciné dans le whisky teinté d’ennui ; que j’avais vu partir en cendre, et être écrasé sur l’asphalte de mes sens. C’était se cafard qui pollué ma tête, et j’étais noir comme l’encre qui coule de mon stylo les soirs où la nuit n’a pas de lune. Le larsen semble être un tout à mes oreilles, et dans celui-ci je distingue une voix féminine, si belle, qu’elle m’emporte et m’ensorcelle. Entre deux flashes, une fille attire mon regard et disparaît. Ses cheveux étaient bleus, pale. Et la magie s’arrête. Les artistes s’en vont de la scène.
Le charme est brisé, devant moi, j’ai une triste poupée de porcelaine brisée. Ma vie. La foule se disloque. Dans mes doigts, se tout que je pensais miens, dont je pensais faire partit s’effrite, et c’est du sable qui glisse de mon point serré. J’essaye de retenir le temps, et les larmes que j’y ai versées me rappellent que l’on n’attrape pas un cours d’eaux. La vie reprend son cours, et j’aimerais revivre ce moment à tout jamais. Accro au son, scotché au rythme. Ma dépendance me rattrape, et je me plonge dans la nuit, et dans ses volutes narcotiques. Je réglerais ce problème de conscience entre moi et moi-même. Avec comme arbitre un whisky double, sans glace, et deux ou trois sèches. Je repenserais à ce mirage magnifique, m’ayant dans cet instant de plénitude fait comprendre à quel point était puissante la foudre. Je m’enfoncerais toujours plus profond dans mes méditations sans queues, ni tête, et je me réveillerais, une fois une autre nuit venues. Et si jamais je recroise cette fille je crierais haut et fort :
- Vas y danse, darling, life’s Rock’n’Roll.

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