sur le pavé qui s'y prête,
je sors faire pisser mon chien dans la tête."
La Rumeur.

Je ne dormais plus. Cela faisait trois jours. Le jour, j’errais dans mon studio, si semblable à un congélateur. La nuit, je sortais, dans ce monde glacé. Je me souvenais de ses cheveux bleus. Peut-être était-elle la reine des glaces ? C’est fou ce que l’insomnie peut nous faire délirer. Avant, j’errais pour trouver des réponses à mes questions, dorénavant j’erre pour saisir la réponse à mes questions. Je l’ai dessinais sur les murs de ma prison. Au marqueur noir. J’ai tracé les lignes de son visage imparfait, et son corps n’est que volutes. Quand je suis défoncé, j’ai l’impression de voir son corps de brume m’envelopper. J’aimerais tellement que cela soit vrai.
Toutes les nuits, j’inspecte les rues vident. Espérant, en vain, tomber sur elle. Me faire mal à ses pieds, m’abîmer dans l’abysse de ses yeux. Me ressourcer en goûtant ses lèvres azurs. Assurément, quand je la verrais je me mettrais à genoux. Je marche en attendant, et je bois, pour me réchauffer.
Le jour venu, j’enchaîne les cafés frappés. Et toujours ce cafard faisant son bonhomme de chemin dans ma tête. La lumière du jour me fait peur, elle est beaucoup trop chaude. Et celle blafarde des lampadaires semble tellement terne que j’ai peur de te rater ma jolie. Je ne sais pas comment tu t’appelles ; alors, pour moi, tu seras Bonnie.
Je suis sans cesse fatigué. J’aimerais trouver le repos. Une nuit, on a tenté de m’agresser. Comme si j’étais un étranger, comme si je n’étais plus un vampire. Je me cache dans des endroits sordides, aux fins fonds du monde. Je me sens horriblement seul, depuis combien d’année tout cela dure-t-il ? J’ai l’impression de me réveiller d’une mascarade ; j’ai besoin d’en parler. Mais sur quelle épaule pourrais-je bien me reposer ? Tous mes anciens semblables à la vue de mon cou me mordraient, me mangeraient. Je dois donc attendre, et tourner, en rond, avec pour seul amis mon cafard, dans ma tête. Et des morceaux de rock pour me tenir en éveil.
Mon teint est blafard lui aussi, à l’image de tous ces lampadaires. Et pourtant, pour la première fois depuis longtemps, je souris. Cela fait mal à vrai dire, montrer ses dents. C’est peut-être pour ça qu’un fou à essayer de me faire du mal. J’ai piétiné son arcade sourcilière, ensuite, il n’a plus bronché. Nous sommes au cœur de l’hiver, et il fait froid. Je m’imagine en toi, dans ton corps de reine de glace. Cela doit être semblable.
Je pense à toi sans arrêt. Je crois que tu me manques Bonnie. Et je tourne sans cesse sans te trouver. As-tu peur de moi ? Je ne fais de mal à personne, malgré mon air de méchant.
A force de marcher, j’ai l’impression de n’être plus qu’une machine. Et plus je marche, plus j’ai peur. Il faut que j’affronte le jour, je le sais maintenant. L’amour n’aime pas les nuits fraîche se déroulant à l’extérieur ; l’amour préfère les suaves corps à corps en intérieurs.
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Je n’ai pas encore dormis. Cela fait plus de temps que je ne peux le compter. Et le cafard est si grand dans ma tête que je ne sais plus réfléchir. Aujourd’hui, je m’apprête à crever l’abcès. J’ai endossé ma tenue de vampire, mais le soleil est encore haut dans le ciel.
Je sors.

1 commentaire:
pas mal, ça m'a parlé en tout cas (ce qui ne sera pas le cas de tous..)
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