
I.
On m’a enfermé dans cette pièce, sans que je sache pourquoi ni comment. Cela fait approximativement trente minutes. Ils m’ont retiré montre et portable. Je ne peux pas communiquer avec le monde extérieur. Il y a du papier de mauvaise qualité sur le sol, un stylo bille, et un journal qui date d’il y a trois ans. 17 juillet, précisément.
II.
Le jour et la nuit sont passés, je crois. Je ne vois pas le ciel de ma cage. Celle-ci est étroite. Je m’y habitue. Je regarde la grille d’aération. Il y a un tourne disque, et trois albums, seulement. Le silence est surréaliste quand je n’écoute pas la musique. Les musiques sont tantôt tristes, tantôt gaies. Il fait froid et chaud. Je dors sur le sol, mais il n’est pas inconfortable. Je n’ai rien à faire ; j’écris. Je me rends compte que je n’ai pas beaucoup de papier, ni beaucoup d’encre dans le stylo. J’ai faim et soif. A mon réveil, de la nourriture et de l’eau était près de moi. Il y a un temps, je ne sais pas trop combien d’heures, une porte s’est ouverte sur des toilettes et une minuscule salle de bain.
III.
Les musiques me sortent par la tête. Je me suis levé trois fois. Ou quatre. Le papier manque, j’ai écris la dernière ligne, je repasse les précédentes.
IV.
Cela fait 10 fois que je me suis levé. Je l’ai écris sur le sol. Est-ce que j’ai dormis longtemps ? Je tourne en rond. Sans même le lire, le 17 juillet, d’il y a trois ans, A. Murin est mort à l’age de 87 ans. Je le sais. Je l’ai trop lu.
V.
Ma vie est rythmée par des réveils, je ne me souviens jamais de m’endormir. J’ai tellement réécrit sur les lignes du papier qu’il est troué par endroit, illisible. Le silence m’effraie, la musique m’insupporte. Je ne ressens que des aigus stressant qui me brisent toujours plus les oreilles. Parfois, je cris. Mais personne ne m’entend. Je ne m’entends même pas.
VI.
Je tourne en rond. 40 réveils. J’ai toujours faim, toujours soif. Ce qui tombe à mes pieds n’est jamais assez, mais toujours trop. J’ai déchiré le journal, en pleurant, il y a un réveil, car les nouvelles y étaient toujours les mêmes. J’ai tourné trois fois une face de disque depuis mon réveil. Le 17 juillet, il y a trois ans, il y a eu un attentat sur la bande de Gaza. Peut on penser le bien de l’espèce humaine ? Cela fait trois réveils et cinq changements de faces de tourne disque que je n’ai rien dit. Il fait froid ; j’ai chaud.
VII.
Le soleil me brûle la peau, il ne cesse jamais de briller. Il est fixé au plafond, protégé par une vitre incassable. J’ai essayé de la briser avec ma chaussure, en vain. Je fais des rêves étranges. Je ne m’en souviens jamais.
VIII.
J’ai entendu du bruit ! Du vrai bruit ! Il était métallique, je m’en souviens. Le fil des réveils m’a échappé. Je vois des ombres danser devant mes yeux. Quelqu’un serait-il là ?
IX.
Je suis assis, les genoux remontés jusqu’au menton depuis 20 faces de disques. Je n’ai jamais était éveillé si longtemps. Enfin, je ne sais pas. Je veux savoir d’où viennent l’eau et le pain. J’ai faim. Et soif.
X.
Une main est descendu du ciel, m’a agrippée par le col, et m’a tiré, j’ai traversé le plafond. Je me suis réveillé, j’étais à mon bureau, assoupis, devant une feuille blanche. L’encre de mon stylo avait coulé, il y avait une tache. Les quadrillages de mes feuilles ressemblaient à la cellule dans laquelle j’étais. Une cigarette se consumait depuis longtemps dans le cendrier devant moi. Un verre de café frappé était à moitié vide devant moi.

3 commentaires:
J'aime beaucoup beaucoup
Hey!
la main, c'est une pour ton dossier d'art plastique? elle est classe!
dommage que la photo soit un peu flou
chaaaapouet!
C
Expérience intéressante, intriguante et entrainante. Dur le réveil. J'espère que t'avais un bon effaceur ... ;)
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