samedi 12 juillet 2008

Je te mange tout cru

The Youth - MGMT

Banana, c'est une . (mais il ne faut pas le dire)
Ernestine



« Quand je serais grande je serais une princesse. Avec une grande robe, qui s'envolera en une épaisse vapeur multicolore. Quand je serais grande ce sera comme maintenant : je serais vivante. J'aime la vie. J'aimerais vivre toujours. Et quand je serais morte, je vivrais encore parce que j'ai décidé ca comme ca. Un jour on partira en voyage? On ira très loin, et on ne vivra qu'avec des artistes, des gens complètement fous, qui aimeront la vie comme nous, on ne sera qu’entre gens qui aiment la vie.
Toi, tu aimes la vie ?»

Bonnie était nue. Elle disait ces mots avec une simplicité parfaite, assise sur la plus haute branche de l’arbre le plus haut de la forêt. Elle les soufflait à Marceline. Pour la sauver.

Marceline regardait la demoiselle. La blancheur extrême de sa peau était éblouissante.
Le regard fixe et perdu, elle était encore sous le choc des retrouvailles. Inutiles, et savoureuses.
Une épreuve létale, qu’elle n’aurait pour rien au monde évitée.

« Oui, Bonnie, j’aime la vie. »

« C’est bien. Regarde le nuage là haut, il est rouge comme tes cheveux. Tu as de beaux cheveux tu sais. Ils vont bien avec les miens. »

Puis Bonnie s’élance, s’enroule dans le vent, flotte, une éphémère magie la fait pénétrer dans le corps de Marceline par un souffle. Le corps de la jeune fille se couvre de couleurs, il se peint du mélange de ces âmes inhumaines, si différentes, si complémentaires. Déformations, l’arbre vient mêler son essence à celle qui émerge doucement, les formes disparaissent et tout ne devient qu’une lente mélodie qui s’accélère, encore et encore et encore, les couleurs deviennent de plus en plus vives, se retrouvent, se rejettent, la musique devient envahissante, c’est le chant des âmes, ces âmes que Clyde ne saurait pas saisir, sauf en acceptant de rejeter sa nature.

Clyde. Qui voit cette explosion de vie d’en bas. Tout ce qu’il retient, c’est la disparition de Bonnie dans un souffle vaporeux, qui l’a englouti après qu’elle lui ai parlé.
Le souffle a dit :

« Oui, Bonnie, j’aime la vie. »

Et Bonnie l’a mangé.

Les corps se séparent, Bonnie est vêtue, Marceline est nue. Sa peau est d’une imperfection merveilleuse, le creux de ses reins est un hymne à la vie, cette vie qu’elles vénèrent toutes deux, cette vie qui les fait tant souffrir.


Le sol est moelleux pour Marceline, l’herbe tâchée par les volutes de leurs ébats partage son étendue entre toutes les couleurs de l’arc en ciel, et même les autres, celles qui n’existent que pour Marceline, et pour Bonnie.

Bécassine

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